Docteur Wetch, un parcours atypique

Darma Michel alias Docteur Wetch est un chanteur auteur compositeur hors du commun. Qui ne se souvient pas d’une seule mélodie de ce génie qui passe presque toute son existence dans le Centrafrican Jazz de Prosper Mayélé. Né au Cameroun vers 1944, Wetch évolue dans le groupe Sonorith à Yaoundé avant d’aller s’intégrer en 1964 le dans Centrafrican Jazz dans son pays. Quand Wetch débarque à Bangui ses compositions le rendent populaire auprès des Centrafricains.

Wetch est un véritable poète qui décrit avec une certaine dextérité des faits de la société Centrafricaine en perpétuelle mutation. Si ses chansons mélancoliques font pleurer à l’époque nos mamans, elles conserves à ce jour leurs valeurs moralisantes. ” Mama zia ti débat na mbi”, ” Promese “, ” Départ ti Marie “,”Retour ti Marie”, ” Isabelle”, ” Basket Centrafricain “, ” Centrafrique a yigui nzangui” , ” Valérie “… Ce moraliste hors pair est en quelque sorte une encyclopédie vivante de notre Patrimoine Musical et d’une partie de notre histoire. Il possède plus de 2 000 chansons à son actif dont la majorité sont des tubes. C’est l’équivalent de Franco Luambo Makiadi au Congo Kinshasa en matière de composition. C’est dommage que grand parolier de la langue Sango ne bénéficie pas de tous les savoirs et connaissances qu’il mette à la disposition de son pays et surtout sur le plan l’éducatif et du divertissement de ses compatriotes. Dans d’autres pays qui respectent le paiement régulier des droits des œuvres musicales de leurs auteurs, Wetch peut devenir richissime. De nos jours, des maisons d’éditions françaises se bagarrent pour conserver le monopole des œuvres de Franco bradées par des membres de sa famille. L’on comprend les enjeux économiques des œuvres d’autant, surtout celles ignées de Franco ou d’un Docteur Wetch.
Gbazabangui championne d’Afrique Centrale en juin 2003 Les Fauves de Gbazabangui

Quand François Péhoua dit Boston monte la première équipe nationale de Basket ball en Centrafrique vers 1965 et que la nouvelle formation va de victoire en victoire, c’est Wetch qui participe à la popularisation des fauves de Gbazabangui en les immortalisant dans une chanson qui devient un tube. Wetch vient de contribuer par cette action patriotique à l’évolution de Basket ball en Centrafrique, jeune nation encore naissante. A travers la musique il prend le relais d’action éducative menée par le président de notre fédération de Basket Boston Péhoua. Cette chanson qu’il écrit et la chante s’intitule ” Basket Centrafricain “, vante le mérite de nos sportifs, contribue à l’incitation des jeunes vers la pratique de ce sport nouveau. Cette dynamique mise en place permet de créer une fête sportive et animée par des orchestres Centrafricains appelée ”Soirée des Basketteurs” dans le but de rendre hommage à nos fauves.

En 1974 lorsque l’équipe de Basket de Centrafrique remporte la coupe d’Afrique des Nations à Bangui, le poète traduit la joie de tout un peuple à travers ” Centrafrique a yingui nzangui” qui devient un autre tube.

Aujourd’hui le basket Centrafricain est présent dans le monde en partie grâce à cette action de développement et de promotion. Après Goporo, des équipes universitaires Américaines accueillent des basketteurs de haut niveau Centrafricains dans leurs club à l’instar de Koundjia et de Souleymane. Ainsi, Wetch est l’artiste qui à chaque victoire chante la fierté de notre cher et beau pays la République Centrafricaine. La particularité de cet artiste mérite une attention particulière de nos compatriotes et surtout de la jeune génération à son égard. Après le décès de son fidèle compagnon Prosper Mayélé en 1999, Wetch se sent un peu isolé parce que 35 ans de collaboration et d’amitié ce n’est pas rien.
Prophète Bambouem à ses débuts chante avec Weth dans Centrafrican Jazz

En 1975 quand Bokassa fait emprisonner Prosper Mayélé et brise sa carrière musicale, Centrafrican Jazz disparaît et Wetch fonde Ngombéka avec presque tous les chanteurs et musiciens de l’ancienne formation. Renforcé par le guitariste Congolais Pencho, Ngombéka rencontre quelques succès avant de disparaître dans les années 80 pour faute de soutien.

Comme son compagnon Prosper Mayélé, Wetch est fonctionnaire, notamment de l’Office Centrafricain de la Sécurité Sociale à la retraite. Il anime des soirées dédiées aux anciennes gloires Centrafricaines de temps en temps et se produit en studio pour des cassettes. Par ailleurs, il est le président de BUCADA ( Bureau Centrafricain des Droits d’Auteur ). S’il s’occupe et reste dynamique force est de constater le manque d’une reconnaissance de l’Etat Centrafricain à son endroit par rapport à tous les services qu’il rend depuis 35 ans à la nation. C’est dommage que le Sport et la Culture fassent pas partie des priorités en Centrafrique. L’homme ne vit pas que de manioc.

Le Chanteur Yamblé Daniel dit Mimox né à Brazzaville au Congo vers 1943 évolue dans le Centrafrican Jazz avec Mayélé, Weth et Rosinos Matalaki. L’un des compagnons de Weth, Mimox compose de nombreux titres dont “tongana yé aké ti mo si”. Problèmes de séparation, déchirement des couples, une femme qui élève des enfants d’une rivale, la maltraitance puis l’homme regrette le départ de son épouse. Mimox pose à travers cette chanson que d’aucuns appellent “Ti mo si ” une situation sociale à laquelle beaucoup de Centrafricains se reconnaissent. Il s’agit d’un sujet sensible qui fait que son œuvre est non seulement un tube, mais reste d’actualité.Il fait partie depuis quelques années des anciennes gloires de la musicaine Centrafricaine.

Rosinos Matalaki Centrafricain d’origine Congolaise évolue plus de 30 ans durant au sein de Centrafrican Jazz et apporte lui aussi un élan à la Rumba du pays. Chanteur guitariste de talent, Rosinos marque l’histoire de la musique Centrafricaine avec son titre “Mbi Matalaki” qui encourage les pauvres à travailler très dur afin de réussir un jour. “Si tu ne réussis pas pendant ta jeunesse, ne te décourages pas, tu arriveras peut – être quand tu seras vieux”. Moraliste comme ses compagnons Wetch et Mimox, Rosinos Matalaki attire l’adhésion massive de la classe populaire qui souffre et qui espère dans la vie à aimer ce titre. “L’espoir fait vivre”, c’est comme ça que certains comprennent ce message quelques années plus tard avec le recul aidant. Rosinos se reconvertit depuis en commerçant et trouve du temps pour participer aux soirées dédiées aux gloires Centrafricaines dont il fait partie

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